Nadjo Kaina : « Depuis mars 2018, nous subissons la censure de l’Internet au Tchad ! »

(TIC Mag) – Alors que son pays fait face à une censure d’Internet et des réseaux sociaux qui dure depuis cinq mois, l’activiste tchadien Nadjo Kaina du mouvement Iyina Tchad pense qu’il s’agit d’une violation de la constitution qui devrait mobiliser les acteurs de la communauté nationale et internationale.

TIC Mag : De manière générale, comment évaluez-vous la qualité des services de télécommunications au Tchad?

Nadjo Kaina : La qualité des télécommunications au Tchad est médiocre en ce sens que les prestations ne relèvent pas le haut débit des standards mondiaux. Le débit est très faible et les coûts très élevés. Par exemple, quand on compare le Tchad avec les autres pays de la sous-région, ici au Tchad, un giga de connexion Internet coûte 12 mille F.CFA. C’est extrêmement cher ! Vu le coût de l’Internet et le coût de la vie des habitants, c’est exorbitant et inimaginable qu’on puisse encore avoir ces tarifs de nos jours ! Surtout à l’heure de la mondialisation et dans un contexte où le numérique est une priorité dans notre pays.

En plus de cela, l’Internet est également censuré à plusieurs reprises par le gouvernement du Tchad. En 2016, au moment des élections nous avons vécu pendant huit mois sans connexion Internet. Il a fallu que les Nations unies puissent écrire au gouvernement pour que la censure soit levée.

Mais là, depuis mars 2018, nous subissons encore la censure de l’Internet, parce qu’il faut d’abord utiliser des applications pour contrer cette censure. Beaucoup de Tchadien utilisent un VPN, parce que l’accès à Internet est aujourd’hui impossible. Le gouvernement a censuré l’Internet sans pour autant communiquer dessus. Nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles l’Internet est coupé au Tchad.

TIC Mag : Les organismes internationaux comme Internet sans frontières font état d’une censure d’Internet depuis le mois de mars 2018. Est-ce vérifié? Si oui, quels sont les services concernés par la censure?

NK : Aujourd’hui, la censure de l’Internet viole la constitution de la République du Tchad, qui, en son article 27, garanti la liberté d’expression, de réunion, d’association et de choix politique. Cette censure aujourd’hui en violation des textes fondamentaux de la république. Ce n’est pas la première fois que nous constatons cela avec amertume.

Et aujourd’hui, c’est un indicateur du recul de la démocratie au Tchad, parce que la liberté d’expression consacrée par la loi fondamentale est violée. Les organisations de la société civile et les forces vives de la nation s’activent pour la levée de cette censure avec l’appui d’Internet sans frontière qui a saisi le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

TIC Mag : En matière de liberté d’accès aux services Internet et de télécommunications, quelles perspectives dressez-vous pour le Tchad?

NK : Aujourd’hui, en matière d’accès aux services Internet et de télécommunications, les perspectives au Tchad sont obscures. Le prix d’Internet joue un rôle assez important dans l’économie. Lorsqu’Internet est coupé sans aucune précision, cela contribue aussi négativement au développement de notre pays, qu’à l’éclosion des start-ups et freine les recherches scientifiques et les étudiants chercheurs.

Propos recueillis par Jephté TCHEMEDIE

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