dimanche 5 novembre 2017

De 2011 à 2017, que de chemins parcourus par le numérique en Côte d'Ivoire. Voici mon bilan

Crédit-Photo: @NjamiNdibe - 2009


Il y a quelques jours grâce au tweet de l'un de mes followers, je retombais par hasard sur l'un des articles que j'avais écrit en 2011 sur mon blog.  J'ai relu avec un sourire en coin, le contenu de ce article. A une époque où j'étais encore nouvelle dans l'écosystème du numérique et débordante d'idées folles ( j'en ai toujours mais je me soigne), j'ai décidé d'écrire un billet de blog dont le titre était :
Côte d'Ivoire: Mon ''Plan-Directeur'' pour les NTIC



Pour moi (à cette époque), l'objectif de cet article était de partager ma vision du futur du numérique dans mon pays, la Côte d'Ivoire. Nous sommes aujourd'hui en 2017 et c'est l'occasion pour moi d'évaluer si mes prévisions se sont réalisées, si je m'en suis rapprochée ou pas. Avons-nous atteint cette "maturité
numérique"?


Voici l’introduction de mon article à cette époque :
Mon rêve ? Voir la Côte d’Ivoire et en particulier Abidjan, devenir une Technopole dynamique de renommée mondiale où des entreprises web et ultra-technologiques (Google, Dell, Hp, Facebook, etc) y auraient leur succursale installée. Voir le secteur des métiers du web et des NTIC devenir le nouveau ''vivier'' en matière de création d’emplois et de richesse…Et des rêves comme ceux-là, j’en ai plein en stock. C’est vrai qu’énuméré de la sorte, ça peut paraître simpliste mais ce sont toujours les choses plus simples qui sont les moins évidentes à l'esprit… Ça peut paraître utopique de la part d’une jeune africaine, vivant dans un pays en voie de développement, encore sous le choc post-traumatique d’une crise socio-politique…Mais je fais partie de la génération Y, comme beaucoup de jeunes ivoiriens dans la trentaine et j’ose croire que toute cette génération qui n’a jamais connu les cassettes VHS ou les magnétoscopes, et qui se réveille chaque matin en faisant un tour sur Facebook, pourra assister à la concrétisation de ce rêve sous-tendu par les points suivants :


Ce que j’ai écrit en 2011 : 1. Détaxe totale sur tous les matériels informatiques (hardware et software) car il faut que la côte d’ivoire dépasse son important ‘’fossé numérique’’ ;

A ce jour : Depuis le 1er juillet 2015, le matériel informatique bénéficie désormais de mesures fiscales incitatives. Ainsi, les droits de douane sur les téléphones sont passés de 32 à 5%. Le taux est passé de 27 à 6,5% pour le matériel informatique, qui a été désormais exempté de TVA. En d'autres termes, la TVA ne peut être appliquée au cours de la période du 1er août 2015 au 31 décembre 2018, aux opérations de vente ou d'achat" en régime intérieur.
Cette mesure a été prise aux fins de cohérence avec l'ambition affirmée par le gouvernement d'améliorer notablement le niveau de maturité numérique de la Côte d'Ivoire.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 2. En plus de la ville de Grand-Bassam, faire de la ville d’Abidjan, une zone franche pour les start-up et les sociétés biotechnologiques;
A ce jour : Malheureusement, nous n'y sommes pas encore même si Abidjan abrite de nombreuses rencontres technologiques, ainsi que des espaces de coworking et embryons d’incubateurs tel que celui d’Abobo (Babi Lab), de Cocody (Orange Fab, Akendewa), de Plateau (ADN Factory) et de Marcory (O’Village).


Ce que j’ai écrit en 2011 : 3. Que l’Etat se dote d’infrastructures puissantes pour accroitre le débit des connexions Internet en Côte d’Ivoire (connexion à l’Internet globale) ;
A ce jour : En 2012, le tarif mensuel pour un abonnement à l’Internet d’un débit de 256 Kbps est de 20 000 FCFA (30,53 €) alors que le salaire moyen mensuel d’un Ivoirien est de 36 000 F.CFA (55 €). On vient de loin...Aujourd'hui, la 3G et la 4G couvrent la majeure partie du territoire grâce aux trois opérateurs mobiles et aux autres FAI. La fibre optique est quant à elle en plein déploiement. Sachant que depuis ces cinq dernières années, le secteur du numérique et des nouvelles technologies en Côte d’Ivoire représente 13% des recettes fiscales et parafiscales, il y a fort à parier que des investissements supplémentaires vont permettre une amélioration de cette couverture Internet.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 4. Que tous les FAI proposent des débits ''standards'' , plus intéressants à leurs clients (supérieurs à 3 méga par exemple) ;
A ce jour : Cela fait plusieurs mois que j'ai changé le débit de mon abonnement ADSL. Je suis passée de 2 Mb/S à 4 Mb/s. Je peux même aller jusqu'à 8 Mb/s mais pour on domicile, je suis déjà amplement satisfaite de cette vitesse de connexion qui me permet de profiter sans coupure, de Netflix, Youtube et travailler sur Internet.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 5. Que toutes les écoles primaires et secondaires publiques soient dotées de matériel informatique et de connexion Internet ;
A ce jour : Ces dernières années, de nombreuses initiatives ont été mises en place dans plusieurs lycées et collèges.
Il s'agit entre autres de:
- du projet Sankoré et de la remise de kits pour 600 classes numériques en Côte d’Ivoire. Le projet Sankoré est un programme d’équipement d’écoles africaines en classes numériques. L’outil principal de la classe numérique est le tableau numérique interactif (TNI) au service de l’enseignant. Grâce à un projecteur relié à l’ordinateur, un tableau, un mur devient un écran géant d’ordinateur sur lequel l’enseignant ou ses élèves peuvent, avec un stylet électronique, faire apparaître des textes, des illustrations, des animations et des ressources multimédia interactifs.
- mise en place par les opérateurs mobiles de plusieurs salles numériques équipées d'ordinateurs, de tablettes et d'imprimantes

Ce que j’ai écrit en 2011 : 6. Informatiser à 100%, l’administration publique ivoirienne (des commissariats en passant par les mairies) et numériser tous les documents de celle-ci (registre d’états civil, etc.) ;
A ce jour : Avec des sites comme
documents.ci , l'on peut désormais éditer des documents administratifs (extraits de naissance, certificat de résidence, etc). De plus avec le projet e-gouv, l'ensemble des administrations est interconnectée. Lancé en 2011, ce projet de gouvernance électronique vise principalement à améliorer les conditions de travail dans l’administration et dans les services publiques et assurer une meilleure qualité des prestations fournies aux citoyens et aux entreprises par le biais des TIC.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 7. Renouveler le Code des Télécoms de Côte d’Ivoire et y inclure les NTIC.
A ce jour : Le nouveau Code des Télécommunications est entré le vigueur le 21 Mars 2012.
Cette ordonnance qui était attendue depuis 2007, a remplacé le code des Télécommunications de 1995, et a apporté des innovations majeures dans l’exercice des activités de Télécommunications en Côte d’Ivoire, dont :
·       L’énonciation claire et précise de principes généraux devant régir les activités de Télécommunications;
·       La définition de trois régimes juridiques, fondés sur les services ;
·       L’information transparente des acteurs et du public ;
·       L’encadrement légal de l’interconnexion et la définition de règles de fonctionnement des réseaux interconnectés ;
·       La définition des conditions d’accès aux domaines publics ;
·       La définition de nouvelles infractions ;
·       L’introduction de dispositions spécifiques pour la protection des consommateurs ;
·       La définition du service universel, de son contenu et des modalités de sa mise en œuvre ;
·       La réorganisation du cadre institutionnel ;
·       La prise en compte de la gouvernance de l’internet.

Les mesures prises visent à adapter l’environnement réglementaire aux grandes évolutions technologiques qui se sont produites ces dernières années en Côte d’ivoire. Elles concernent surtout la qualité des services fournis et viennent renforcer les sanctions à l’encontre des opérateurs qui manquent à leurs obligations. Elles prennent également en compte l’Internet, notamment les infractions nées de la vulgarisation de cet outil.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 8. Rédiger un plan annuel directeur des NTIC et le mettre en application avec un bilan chaque début d’année ;
A ce jour : Il me semble qu'on y est avec le projet de loi fixant les principes généraux pour l’émergence d’une société de l’information à dimension humaine, inclusive, ouverte, transparente, sécurisée et propice au développement économique, social et culturel de la Côte d’Ivoire, à l’ère du numérique, comme indiqué par le ministre de la Communication, de l’Economie Numérique et de la Poste, a été adopté mardi par les parlementaires....Le mercredi 18 Octobre 2017, ce projet de de loi a été adopté au parlement ivoirien.

Ce que j’ai écrit en 2011 : 9. Créer un environnement favorable au moyen de paiement électronique en ‘’imposant’’ aux étudiants par exemple de payer leurs frais de scolarité via des cartes bancaires adaptées ou en sensibilisant les commerçants sur l’avantage de ne pas garder de ‘’cash’’ sur eux afin d’être moins exposés aux braquages ;
A ce jour : Aujourd'hui le mobile money est l'un des moyens de paiement le plus utilisé en Côte d'Ivoire après le cash. C'est devenu un réflexe, une évidence. C'est plus de 17 milliards de francs CFA de transactions Mobile Money par jour ! Rien que ça !

Ce que j’ai écrit en 2011 : 10. Lutter intensivement et efficacement contre la cybercriminalité. Doter les organismes en charge de ce volet comme le CICERT*, de moyens financiers et de coercition.
A ce jour : La cybersécurité est la clé de voûte de l'économie numérique en Côte d'Ivoire. Depuis quelques années, la DITT (DIRECTION DE L'INFORMATION ET DES TRACES TECHNOLOGIQUES) et la PLCC (Plateforme de Lutte contre la Cybercriminalité) mènent une lutte acharnée et efficace contre les cybercriminels. Leur collaboration étroite avec Interpol et les polices de différents pays, leur ont permis
Ils mènent également des campagnes de sensibilisation auprès des élèves et étudiants. En 2016, selon les chiffres officiels, ce sont 2067 affaires liées à la cybercriminalité que la police ivoirienne a traitées. En 2016, le préjudice s'élevait à 400 millions de FCFA; Une baisse constatée comparée à l'année 2015.


Edith Brou



*CICERT: Côte d’Ivoire Computer Emergency Response Team : Equipe de réponses aux urgences informatiques en Côte d'Ivoire

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