lundi 20 novembre 2017

Comprendre l’affaire Vodafone et pourquoi la marque anglaise ne partira pas du Cameroun de sitôt !

[ICT Media STRATEGIES] – Il y a dix jours, le 10 novembre 2017 précisément, Vodafone Cameroon, sur sa page Facebook, annonçait à ses abonnés, contre toute attente, la cessation de ses activités sur le territoire national. « Après le retrait de sa licence par le ministère des Postes et Télécommunications et l’Autorité de régulation des télécommunications et la longue suspension de ses services, l’entreprise Afrimax Cameroon a conclu, à contrecœur, qu’il n’était plus commercialement viable de reprendre ses services au Cameroun. En conséquence, Afrimax Cameroon a cessé ses opérations avec effet immédiat », expliquaient alors les responsables de l’entreprise.

Par la même occasion, les cadres de la société présentaient leurs « sincères excuses » à leurs abonnés, partenaires, fournisseurs et au personnel de l’entreprise remercié pour leur travail acharné, leur enthousiasme ainsi que leur soutien.

Notons à titre de rappel que Vodafone Cameroon avait déjà arrêté ses services au Cameroun le 14 septembre 2017 à la suite du retrait de la licence de Northwave SARL (qui exploitait la marque Vodafone) par l’ART et sur recommandation de la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng.

A notre humble avis, contrairement à ce que Vodafone annonce, Afrimax n’est pas encore du prêt à partir du Cameroun et qu’il est fort probable que l’annonce ce soit une stratégie pour mettre la pression sur le gouvernement camerounais afin que l’octroi de la licence télécoms sollicitée intervienne rapidement. Explications à travers juste deux arguments.

Plaintes du public

Avant de présenter ces arguments, commençons par les réactions suscitées par cette annonce. Comme on pouvait s’y attendre, de nombreux Camerounais pleurent le nombre d’emplois perdus. L’internaute Dejabris Julot Ngongang en est un. Au bas de l’annonce de Vodafone Cameroon sur Facebook, il se désole : « C’est vraiment honteux ce Cameroun ! Aucun effort n’a été opéré dans le but de sauvegarder l’emploi de toutes les personnes et toutes les familles qui étaient à la charge de cette entreprise. Jeter autant de pauvres Camerounais en pâture dans le but unique de s’assurer la plénitude de son portefeuille est simplement lamentable. Quand je pense aux opportunités que cette entreprise aurait générées sur l’économie camerounaise. Près de 1200 personnes en emploi indirect se retrouvent sans revenus. Avec ça on nous dit que le rôle de l’État est de protéger les citoyens? …Pauvre Africains ! »

Nombreuses sont donc les réactions de ce genre. A jeter l’opprobre sur le gouvernement qui n’a pas su non seulement protéger les emplois, mais également n’a pas su préserver cet apport substantiel à l’économie camerounaise. Et c’est l’avis de l’entreprise, car dans la même lancée, une correspondance de Lars Stork, le PDG du groupe Afrimax, est acheminée au Secrétaire général de la Présidence de la République et au Premier ministre entre autres. Ceci dans une lettre initiale adressée à la ministre des Postes et des Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, et qui s’est retrouvée plus tard sur les réseaux sociaux.

Dans cette lettre, le PDG d’Afrimax explique que Vodafone Cameroon a non seulement consenti des investissements de l’ordre de 13 milliards F.CFA pour déployer la technologie LTE, investi 2,3 milliards F.CFA pour ses infrastructures, versé 2,3 milliards de F.Cfa au Trésor public en matière de taxes dont 850 millions de F.Cfa à l’ART au titre des frais de régulation, payé 288 millions F.Cfa à Camtel pour pouvoir utiliser les capacités Internet de l’opérateur historique ; mais aussi qu’elle avait déjà créé 116 emplois directs et généré 1 056 emplois indirects. Plus encore, l’entreprise planifiait d’investir plus de 30 milliards FCFA.

« Malgré toutes ces réalisations, nous sommes aujourd’hui obligés de prendre cette mauvaise décision de nous retirer du marché à cause des actes incompréhensibles qui ont été pris contre notre société et le manque de support effectif », écrit Lars Stork à la ministre avec copie à la Primature et à la Présidence de la République.

C’est dans cette lettre que l’on comprend en réalité les principales raisons de la décision de Vodafone de se retirer. On peut en retenir deux principalement : la lenteur observée par le gouvernement pour la délivrance d’une licence à Afrimax Cameroon SA et les dépenses que réalise la société sans avoir de licence. En atteste les propos du PDG : « C’est regrettable de voir un si lent progrès dans la signature de la nouvelle licence, même si nous avons rempli toutes les conditions… Nous avons payé intégralement les droits d’entrée requis. Nous avons reçu votre assurance depuis le mois de septembre que notre dossier sera géré dans 48 heures après sa transmission au ministère par l’ART » ; « C’est clair que nous continuons de dépenser des montants considérables sans avoir aucune licence, aucun revenu et aucune indication concernant la date de signature de notre licence. Cette situation rend impossible les jeunes compagnies de continuer leurs activités ».

Des incohérences dans la lettre de Vodafone

Aussi, avant de présenter les arguments de notre analyse, il importe de relever une incohérence ou contre-vérité glissée dans l’annonce de Vodafone publiée sur Facebook et sur les réseaux sociaux.

« L’entreprise Afrimax Cameroon a conclu à contrecœur qu’il n’était plus commercialement viable de reprendre ses services au Cameroun. En conséquence, Afrimax Cameroon a cessé ses opérations avec effet immédiat », lit-on.

Contre-vérité : L’entreprise Afrimax Cameroon SA n’a jamais commencé ses opérations au Cameroun. Ses actionnaires peut-être, oui. C’est en effet Northwave SARL qui opérait au Cameroun et exploitait la marque Vodafone. C’est elle qui était détentrice de la licence télécoms. Afrimax Cameroon SA n’a pas encore obtenu de licence télécoms et ce n’est pas si juste de dire qu’Afrimax Cameroon a cessé les opérations qu’elle n’avait pas commencé.

Certes, l’entreprise Northwave SARL avait été rachetée à 100% par le groupe Afrimax, mais ce n’est pas Afrimax Cameroon SA qui opérait. La création d’Afrimax Cameroon SA est toute récente et est la résultante d’une exigence de la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, qui avait proposé au groupe Afrimax de créer une filiale locale et de solliciter une licence télécoms.

Revenons-en aux deux arguments de notre analyse :

1 – La lenteur évoquée ou une mauvaise lecture du marché télécoms camerounais

La lenteur évoquée comme cause de départ n’est pas assez convaincante. Les observateurs avertis savent le Cameroun n’est pas un champion en matière d’application rapide des textes du secteur des TIC et Télécoms qu’il s’est lui-même doté. Bien que l’on sache que le numérique est un secteur qui va très vite et que la réglementation intervient presque toujours après l’évolution technologique.

Par exemple, la loi du 21 décembre 2010 sur les communications électroniques au Cameroun stipule en son article 20 alinéa 1 que « la délivrance et le renouvellement d’une convention de concession ou d’une licence sont soumis au paiement d’une contrepartie financière appelée respectivement «droit d’entrée» et «droit renouvellement» dont les montants et les modalités de paiement sont fixés par décret du Président de la République, sur proposition conjointe du Ministre chargé des Télécommunications et du Ministre chargé des Finances ». Mais c’est sept ans plus tard, le 02 mai 2017 qu’un texte conjoint Minfi-Minpostel fixant le montant des droits d’entrée a été signé.

Autre exemple, l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC). Proposée par le Minpostel à la Présidence de la République en 1995, c’est sept ans plus tard, le 08 avril 2002 que l’Antic sera créée. La nomination de ses dirigeants interviendra quatre ans plus tard, en 2006. Il faudra attendre trois ans (en 2009) pour adopter son organigramme, mobiliser les ressources nécessaires et réaliser les études appropriées. Et enfin, en 2010, commencer à mettre en œuvre la stratégie nationale de développement des TIC. Soit au total 15 ans avant de commencer l’implémentation des missions qui lui avaient été assignées.

L’attente de Camtel…

Dernier exemple, le renouvellement de la concession de Camtel. On voit très bien la douce pression que fait l’opérateur historique national à l’Etat pour pouvoir lancer le mobile et la 4G. Le directeur marketing de l’entreprise, Benjamin Gérard Assouzo’o en donnait un léger aperçu il y a quelques jours sur les antennes de la chaîne de télévision Canal 24 : « Le CT Phone a eu 900 000 recrutements. Il a souffert de ce qu’il n’y a pas de marchés de terminaux. Donc, chaque fois que les terminaux sont finis, on perd les abonnés en masse. Chaque fois que quelqu’un ne peut pas aller quelque part acheter un terminal, on perd. Et Camtel n’a pas vocation à vendre la quincaillerie. Nous n’allons pas continuer à nous engluer dans un marché de CT Phone qui ne nous rapporte pas grand-chose », expliquait-il.

En clair, Camtel voudrait se battre sur le marché camerounais à arme égale avec ses concurrents MTN et Orange qui détiennent une convention de concession pour l’utilisation de la technologie 4G. La convention concession ! Le précieux sésame que l’opérateur historique attend depuis 2005. Une convention de concession de deux ans avait été octroyée à Camtel en 2003, puis renouvelée en 2005. Depuis, plus rien. Ce qui posait d’ailleurs la problématique sur l’exclusivité de Camtel sur le déploiement des liaisons interurbaines des infrastructures numériques très souvent décriée par des opérateurs privés locaux. Depuis donc, le statu quo règne.

Les exemples pareils sont donc nombreux. Affirmer que l’on plie ses bagages et que l’on s’en va juste parce qu’on a constaté « un si lent progrès dans la signature de la nouvelle licence » traduit deux choses : soit l’on fait preuve d’une méconnaissance des réalités camerounaises, ce qui serait une faute grave pour un opérateur de la taille d’Afrimax Group qui se lance dans un marché sans étudier son environnement, soit c’est une manière pour l’opérateur de mettre la pression sur le gouvernement. Et je pense davantage à cette option, car le directeur général de Vodafone Cameroon, Antoine Pamboro, connaît l’environnement camerounais, pour avoir été tour à tour été au cœur du management de Camtel et MTN Cameroon. D’autant plus que Afrimax Cameroon SA n’est pas la seule entreprise qui attend une licence télécoms. Elles sont plus d’une vingtaine dans la même situation et d’autres attendent depuis des années une licence télécoms valide. Pierre-François Kamanou, le DG de GTS Infotel Cameroon SA et par ailleurs président du REPTIC, le Réseau des professionnels du secteur des TIC et du numérique du Cameroun, en sait quelque chose.

Donc, dire que l’on s’en va pour cause de lenteur alors que le ministère des Postes et Télécommunications promet ces licences pour très bientôt, n’est pas très acceptable pour les observateurs avertis. Surtout quand on sait que la ministre Minette Libom Li Likeng est celle qui a un peu accéléré la mise en place de la réglementation pour avoir fait signer des textes que l’on attendait depuis sept ans.

Comment Afrimax Group débarque au Cameroun

Avant de passer au deuxième argument de notre analyse, il est peut-être bon de rappeler comment Afrimax Cameroon vient à déposer une demande de licence télécoms.

Vodafone Cameroon opérait via l’entreprise Northwave SARL fondée en 2009 par des actionnaires camerounais. En 2010, cette société a obtenu une licence de première catégorie pour une durée de dix ans et a par la suite établi avec le Groupe Afrimax un partenariat stratégique afin de disposer des ressources financières nécessaires au déploiement de son réseau, opérationnel depuis le 29 septembre 2016 à Yaoundé et Douala. En investissant ses ressources dans Northwave Sarl, Afrimax Group prend ainsi le contrôle de l’entreprise camerounaise (désormais actionnaire à 100%).

Afrimax qui revendique le titre de leader en Afrique subsaharienne en couverture 4G/LTE avec un spectre 4G de qualité dans 13 pays et des licences couvrant plus de 250 millions de personnes a signé en 2014 avec le groupe Vodafone « un accord de marchés partenaires » pour l’utilisation de la marque. C’est donc grâce à cet accord qu’Afrimax opère au Cameroun sous la marque Vodafone. Il faut noter que Afrimax est aussi opérationnel en Zambie, en Uganda et au Ghana.

Seulement, au Minpostel, l’on fait savoir que Vodafone qui est une très grande marque ne devrait pas entrer au Cameroun par la petite porte. Car Vodafone est l’un des groupes de télécommunications les plus importants du monde avec des opérations de téléphonie mobile dans 26 pays, des partenariats avec des opérateurs dans 51 pays et des opérations à large bande fixe sur 17 marchés.

Arriver ainsi sur le marché camerounais pour offrir les mêmes services 4G que les opérateurs mobiles Orange et MTN Cameroun qui ont payé 75 milliards de F.Cfa afin d’acquérir les licences 4G et 3G ne plaît pas à bon nombre de personnes. D’ailleurs, ces opérateurs se plaignent auprès du Minpostel de concurrence déloyale sur le marché de la data.

D’autant plus que Vodafone disposait déjà de ses propres cartes SIM 4G comme MTN et Orange qui, évidemment, ne voient pas d’un bon œil le déploiement toujours plus poussé de Vodafone. Car celui-ci devait à coup sûr arracher leurs clients et restreindre leur part de marché dans le segment data, alors qu’il n’avait pas autant investi qu’eux. Rappelons que Vodafone dit avoir versé 850 millions de F.Cfa à l’ART au titre des frais de régulation. Mais combien ont payé les autres ?

Coûts de la licence 4G dans quelques pays en Afrique

Pays Montant de la 4G Montant total Opérateurs ayant souscrits Nombre d’années Date d’attribution
Cameroun 75 milliards de F.Cfa* 75 milliards de F.Cfa* MTN et Orange 15 ans Mars 2015
Côte d’Ivoire 100 milliards de F.CFa* 100 milliards de F.CFa* MTN, Orange, Moov (de Maroc Telecom en janvier 2016) 15 ans Décembre 2015
Sénégal 32 milliards de F.Cfa 100 milliards de F.Cfa** Sonatel 17 ans Juin 2016
Gabon 5,5 milliards de F.Cfa Airtel Gabon

Gabon Telecom***

10 ans Mars 2014
Congo Brazza 10 milliards F.Cfa MTN Congo Juin 2016
Mali 100 milliards de F.CFa* 100 milliards de F.CFa* Orange Mali 15 ans Juillet 2017

*Pour licence globale

** Sonatel a payé en même temps 68 milliards de F.Cfa pour le renouvellement concession

***Coût de la licence 4G de Gabon Telecom non publié

Source du Tableau : TIC Mag et ICT Media STRATEGIES

Constatant ces réalités, le ministère des Postes et Télécommunications va chercher à comprendre davantage comment Vodafone est entrée sur le marché camerounais sans passer par le Minpostel. Et pas seulement Vodafone. Car, en octobre 2016, la ministre Minette Libom Li Likeng rend public un communiqué dont la teneur est la suivante : « L’attention de mon département ministériel a été attirée par le fait que de nombreux opérateurs du secteur des télécommunications mènent leurs activités en violation de la réglementation en vigueur. Je tiens à rappeler que, conformément aux dispositions des articles 35 et 42 du décret du 14 juillet 2012, fixant les modalités d’établissement et ou d’exploitation des réseaux et de fourniture des services de communications électroniques soumis au régime de l’autorisation, la délivrance de licences ou de tout titre en tenant lieu, relève de la seule compétence du ministre des Postes et Télécommunications. »

Même si le communiqué ne cite nommément aucune entreprise, l’on voit bien que sortie de la Ministre vise principalement l’arrivée sur le marché camerounais de la marque britannique Vodafone. Même si une vingtaine d’entreprises sont dans la même situation.

La démarche de l’ART qui a attribué ces titres transitoires à Vodafone Cameroun (Northwave SARL, précisément) ne plait donc pas visiblement au ministère des Postes et Télécommunications, qui, depuis 2010, n’aurait plus informé de l’octroi de ces titres transitoires. Raison pour laquelle la ministre avait tenu à rappeler dans son communiqué que, conformément aux dispositions des articles 35 et 42 du décret du 14 juillet 2012, fixant les modalités d’établissement et/ou d’exploitation des réseaux et de fourniture des services de communications électroniques soumis au régime de l’autorisation, la délivrance de licences ou de tout titre en tenant lieu, relève de la seule compétence du ministre des Postes et Télécommunications.

Les concessions, elles, sont délivrées par le président de la République en personne. D’où les différentes correspondances adressées au DG de l’ART d’alors, Jean-Louis Beh Mengue, par la ministre pour lui « faire observer que les titres transitoires délivrés par ses soins sont pris en violation de la réglementation en vigueur et sont de nature à mettre à mal la régulation du secteur stratégique des télécommunications dans un contexte sécuritaire sensible ».

A l’ART, c’est plutôt avec quiétude que le régulateur justifiait la délivrance de ces « titres transitoires » aux 22 opérateurs épinglés y compris à Northwave SARL.  Pour le régulateur, il ne s’agissait pas de s’arroger les prérogatives dévolues au ministère. D’après l’ART, les titres transitoires étaient délivrés parce qu’il y avait « l’absence d’un certain nombre de textes, notamment celui fixant les droits d’entrée et de renouvellement des licences », d’une part et par « le souci de ne pas bloquer ce segment de marché dont les acteurs participent à l’essor de l’économie numérique » d’autre part.

L’on apprenait alors de l’ART que les dossiers n’avaient pas été transmis pour validation au Minpostel à cause de l’absence du décret (déjà disponible) d’application No 2017/2580/PM du 06 avril 2017 fixant les modalités d’établissement ou d’exploitation des réseaux et de fourniture des services de communications électroniques signé finalement le 6 avril 2017 (après le décret n ° 2012/1640 /PM du 14 juin 2012 fixant les conditions d’interconnexion, d’accès aux communications électroniques ouvertes au grand public et de partage des infrastructures) et l’arrêté conjoint Minpostel et le Minfi fixant les conditions et montants des droits d’entrée signé le 02 mai 2017.

Pour le cas de Northwave, le dossier devait être complet avant d’être acheminé au ministère, apprend-on. D’ailleurs, le décret d’application du 06 avril 2017 rappelle en son article 44 que « la délivrance et le renouvellement d’une licence sont soumis au paiement d’une contrepartie financières appelée respectivement « droit d’entrée » et « droit de renouvellement ».

L’arrêté conjoint de Minette Libom Li Likeng du Minpostel et d’Alamine Ousmane Mey du Minfi du 20 mai 2017 qui vient compléter le dispositif réglementaire applicable indique que le droit d’entrée d’une licence dans le domaine des communications électroniques est composé d’une partie fixe et d’une partie variable indexée sur le chiffre d’affaires.

Le droit d’entrée pour les telcos

Pour ce qui concerne les réseaux de fourniture au public des services de communications électroniques par exemple, la partie fixe du droit d’entrée est fixée à 500 000 F.Cfa multiplié par trois éléments. A savoir, la valeur du coefficient de la zone (valeur de 10 pour Douala et Yaoundé par exemple), le nombre de localités à couvrir par la licence et par le facteur de dégressivité lorsque le nombre de villes à couvrir par la licence est supérieur à 10. La partie variable du montant du droit d’entrée est de 0,5% du chiffre d’affaires de l’entreprise. Le montant du renouvellement de la licence, lui, est de 5% du chiffre d’affaires cumulé sur les cinq dernières années.

L’article 5 de cet arrêté indique que la partie fixe du droit d’entrée et le droit de renouvellement sont payables en totalité dans les trois jours ouvrables suivant la notification de la licence au bénéficiaire. La partie variable du droit d’entrée, elle, est payée pour chaque année au plus tard le 30 avril de l’année suivante. L’arrêté conjoint précise que tous les paiements se font auprès de l’agent comptable de l’Agence en charge de la régulation des communications électroniques.

 

Il faut relever que selon le décret d’application du 06 avril 2017, le dossier du requérant remplissant toutes les conditions requises est soumis à l’étude à l’ART.  Et contrairement au délai de 90 jours prévu dans le décret précédent, le nouveau décret d’application fixe à 45 jours le temps donné à l’ART pour étudier le dossier et le transmettre au ministère de tutelle.

Si la conclusion de l’étude du dossier est favorable, l’Agence notifie au demandeur le montant des droits d’entrée ou de renouvellement à payer selon le cas, conformément à la réglementation en vigueur.

Ce montant est recouvré par le régulateur. Car, l’article 20 (nouveau) alinéa 6 de la loi n° 2015/006 du 20 avril 2015 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques au Cameroun indique que les droits d’entrée et de renouvellement sont recouvrés par l’Agence de régulation des télécommunications.

Une fois payé, le justificatif de paiement des droits d’entrée est joint au dossier, assorti d’un cahier de charges le cas échéant, et transmis au ministre en charge des Télécommunications pour délivrance formelle de la licence.

En attendant donc le texte fixant les droits d’entrée, l’ART avait attribué ces titres transitoires à plusieurs opérateurs télécoms. Ceci afin que le pays ne soit pas en retard par rapport à la technologie et au développement du numérique, explique-t-on de ce côté-là. Explications difficile à avaler pour certains au ministère des Postes et Télécommunications.

L’entêtement de Northwave et le retrait de sa licence !

De ce qui précède, plaintes des opérateurs au sujet de Vodafone, combinées à cette situation où Northwave ne disposait pas de licence télécoms en bonne et due forme ; montant d’entrée « insignifiant » d’entrée, le Minpostel avait ajouté un autre motif. Celui de la violation de la loi sur les communications électroniques. Car rachetée à 100% par Afrimax Group, Northwave SARL avait perdu de contrôle de la société au profit du nouvel investisseur. Dans un autre épisode, la patronne de Northwave se plaignait d’ailleurs de ce qu’elle n’avait plus vraiment son mot à dire dans la gestion de l’entreprise.

Pour le Minpostel, c’était donc Afrimax qui opérait au Cameroun avec la marque Vodafone et non Northwave, détentrice de la licence. Les responsables de Vodafone et d’Afrimax qui campent sur leurs positions et sur leur régularité entrent en discussion avec le ministère des Postes et Télécommunications. C’est ainsi que plusieurs rencontres sont organisées entre les deux parties, dont l’une le 02 août 2017.

Comme solution pour sortir de cette impasse et pour préserver les investissements du britannique dans le pays, la ministre Minette Libom Li Likeng suggère à Afrimax Group de se constituer en société locale et de demander officiellement une licence de télécommunications qu’il pourra librement utiliser. Ce qui sera fait après des hésitations. Afrimax Cameroon SA verra donc le jour et sollicitera une licence pour les villes de Douala et Yaoundé. (A noter, plus le nombre de villes sollicitées est élevé, plus le montant du droit d’entrée est élevé).

Seulement, après les rencontres avec la ministre, l’évolution de l’actualité a laissé croire que les recommandations de la ministre n’ont pas respectées à la lettre. Northwave SARL veut prendre les devants après que Afrimax Cameroon SA ait sollicité une licence juste pour deux villes. Grâce à un partenariat avec Camtel, Vodafone qui jusqu’ici était disponible dans les villes de Douala et de Yaoundé, annonce au mois d’août 2017 que les villes de Bafoussam, Bamenda, Buea, Edéa, Kribi, Kumba, Limbe et Mutengene sont désormais couvertes par son réseau 4G avec la commercialisation dans ces villes de la SIM 4G LTE de Vodafone. Soit dans huit villes supplémentaires. Plus encore, l’opérateur promet une extension sur l’ensemble du pays. Pourtant, dans la nouvelle demande de licence, seules deux villes sont sollicitées.

Une situation qui va probablement mettre en colère la ministre. En réponse, la Minette Libom Li Likeng somme Camtel de suspendre tout partenariat avec Vodafone jusqu’à nouvel ordre. Ce qui met un frein à l’extension nationale de l’opérateur Vodafone. De même, suivra une lettre adressée le 30 août 2017 au directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications (Art) du Cameroun, Philémon ZOO ZAME. Dans cette lettre la ministre demande au régulateur de retirer « sans délai » la licence d’exploitation que possède Northwave Sarl depuis le 03 mai 2010. Motif : violation de la réglementation qui dispose que la licence est « personnelle, incessible et ne confère aucun droit d’exclusivité ». Ce qui sera fait. Car deux semaines plus tard, le 15 septembre 2017, Vodafone va annoncer à ses abonnés que « pour des raisons indépendantes de notre volonté, notre service est temporairement suspendu ».

L’article 20 alinéa 2 de la loi 2010 sur les communications électroniques stipule en effet que « les conventions de concession, les licences, les agréments et les récépissés de déclaration délivrés, en application des dispositions des chapitres précédents sont personnels et incessibles. Ils sont publiés dans un journal d’annonces légales’ ainsi que, le cas échéant, les cahiers de charges qui leur sont annexés ». Pour le Minpostel, Northwave a cédé sa licence et doit être ainsi sanctionné.

Au regard de ces éléments, il est donc très probable que si Vodafone respectait les conclusions des différentes concertations avec le Minpostel, s’il ne décidait pas de lancer ses opérations dans huit villes supplémentaires alors que la nouvelle société avait sollicité une licence pour deux villes, la ministre ne devait pas exiger le retrait immédiat de sa licence. Cela s’apparentait à notre avis à un bras de fer.

Vodafone pouvait donc suivre les recommandations de la ministre, continuer ses services en attendant la délivrance de la nouvelle licence comme la dizaine d’autres opérateurs qui ont déjà payé leurs droits d’entrée, qui attendent la même licence et qui n’ont pas arrêté leur service. Mais, son bras de fer avec le gouvernement lui a coûté le retrait de sa licence.

2 – Les acquis de Vodafone non soldés

Le deuxième argument qui nous amène à dire que l’opérateur n’est pas encore prêt à quitter le Cameroun, est le flou total qui entoure l’issue à donner à ses acquis.

Vodafone revendique déjà 40 000 abonnés ; plus de 15,3 milliards F.CFA d’investissements pour les infrastructures et 2,3 milliards de F.Cfa versés au Trésor public pour les taxes diverses et frais de régulation.

Franchement, quel investisseur peut investir autant d’argent en un an, se lever un bon matin et décréter qu’il cesse ses activités, plie ses bagages et rentre chez lui, sans retour sur investissement ? Mieux, sans revendre ses acquis ?

Nous avons sollicité une interview au directeur général de Vodafone Cameroun pour obtenir des précisions sur comment se passera ce départ et comment ces acquis seront soldés. Mais, notre demande n’a toujours pas de réponse depuis plus d’une semaine.

Au Kenya par exemple, en 2014, quand YuMobile de l’indien Essar Telecoms décide de quitter le pays face à la rude concurrence que mène Safaricom (filiale de Vodafone), il vend ses infrastructures télécoms à Safaricom et sa base clientèle (abonnés) à Airtel. Et cela n’était pas une affaire que quelques mois. Plus d’un an de procédures qui passe par l’accord du régulateur. Au Cameroun, Afrimax qui dit cesser ses opérations, mais ne dit rien par rapport à la cession de ses 40 000 abonnés à un opérateur local. Aussi, rien par rapport à la revente de ses investissements.

Dans les commentaires sur Facebook, au bas de son annonce de cessation d’activités, il conseille à ses abonnés qui ont acquis un modem de Vodafone de l’utiliser avec la carte Sim d’un opérateur local. Très facile ! Si l’opérateur décide effectivement de partir, cela ne sera pourrait-être possible qu’en 2019, le temps de solder toutes les affaires restantes. Encore que c’est très facile de dire qu’après tous les investissements cités plus haut, on décide de partir ainsi. Seulement à cause des raisons ci-dessus évoquées. Donc, pendant le temps de solder ces acquis, rien n’indique que les négociations vont cesser et que la licence pourrait être attribuée. Si d’ailleurs le Minpostel brandit une licence à l’opérateur aujourd’hui, il faut parier que Vodafone reviendra sur sa décision en courant.

L’on ne peut donc pas décider de partir et entretenir un flou pareil sur ces aspects importants. Nous connaissons pourtant, des opérateurs locaux prêts à racheter ces acquis et ces investissements de Vodafone. Mais, probablement, tout porte à croire que ce n’est pas encore au programme.

Ce qui nous amène à conclure qu’il est fort probable que l’annonce du retrait de Vodafone soit juste un stratagème pour discuter de l’octroi de leur licence avec des arguments plus solides en leur faveur.

De la nécessité de réformer

Quelles leçons tirer de cette affaire Vodafone pour les acteurs du secteur des TIC et Télécoms qui exercent au Cameroun ou qui s’intéressent au Cameroun ? Peut-être deux. La première, il n’est pas très intelligent de faire le bras de fer avec un membre du gouvernement qui exerce la tutelle sur votre segment d’activité. Surtout quand vous convenez ensemble de faire une chose et que vous faites son contraire ou que vous ne le faites pas du tout.

La deuxième, il est important de préciser, dans les prochaines réformes du décret d’application fixant les modalités d’établissement ou d’exploitation des réseaux et de fourniture des services de communications électroniques, que les requérants d’une licence télécoms doivent, en plus de la précision de leur nom et raison sociale, préciser le nom des marques avec lesquelles ils comptent commercialiser leurs services.

Cela évitera des problèmes et permettra de gérer en amont les situations comme celle de Northwave SARL qui a obtenu sa licence télécoms, sans avoir précisé qu’elle opérera sous la marque Vodafone. Si tel était le cas, il va sans dire que, sachant que c’est une grande marque mondiale, le régulateur et les pouvoirs publics devaient prendre d’autres dispositions.

Au cas contraire, demain, Bhathi Airtel pourrait arriver au Cameroun, rentrer dans le capital de GTS Infotel Cameroon SA et commencer à commercialiser la 4G au Cameroun sous la marque Airtel. Trop facile !


Par Beaugas-Orain DJOYUM, CEO de ICT Media STRATEGIES, DP de TIC Mag.

Beaugas Orain DJOYUM est le Directeur général du cabinet ICT Media STRATEGIES. Un cabinet spécialisé dans la veille stratégique dans le secteur des TIC, des Télécoms et du numérique en Afrique ; la fourniture de contenu médiatiques ; l’édition web et magazines, la communication digitale et l’e-Reputation. Il est par ailleurs le directeur de la publication de TIC Mag (www.ticmag.net), un site web spécialisé dans l’actualité quotidienne des TIC, Télécommunications et numérique en Afrique et particulièrement en Afrique centrale.

Mail : d.beaugas@ictmedia.africa Tél : +237 674 61 01 68


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