vendredi 27 octobre 2017

Serge PIERA : « En matière de numérique en Afrique, certains pays n’ont qu’une volonté dite “de marketing” »

(TIC Mag) – Présent aux Assises de la transformation numérique en Afrique à Paris, Serge PIERA, le Directeur Secteur public SAP Afrique francophone s’est confié à TIC Mag. Il évoque les freins au développement du numérique en Afrique et présente quelques préalables pour réussir sa transformation numérique, tout en indiquant comment SAP participe à ce vaste chantier.

TIC Mag : On voit bien, durant ces deux premiers jours des Assises de la transformation digitale en Afrique (ATDA), une volonté affirmée des délégations africaines de développer l’économie numérique. Mais, on sent bien malgré tout que quelque chose bloque. Qu’est-ce qui ne va pas selon vous ?

Serge PIERA : Pour l’instant, ce qui bloque c’est le manque de volonté politique. Certains pays ont une véritable volonté d’agir, mais d’autres pays n’ont qu’une volonté dite “de marketing”, comme cela a déjà été dit dans certains panels. Ce qui bloque aussi, ce sont les ressources autant financières qu’humaines qui ne sont ni adéquates, ni efficientes pour relever les défis africains.
Autre point qui blesse, la réglementation. C’est bien d’avoir la volonté de tout mettre en œuvre pour réussir, mais cela doit commencer par changer la réglementation, la législation fiscale notamment. Il faut par ailleurs faciliter les transferts des technologies, voire des compétences humaines, entre pays africains. Aujourd’hui, tout cela est souvent bloqué, à cause de problèmes de visas, de problèmes de taxes douanières, etc. Il faudrait essayer d’uniformiser les réponses à apporter.

TIC Mag : N’est-il pas déjà trop tard pour beaucoup d’entreprises africaines ? N’ont-elles pas déjà raté le virage du numérique ?

S.P. : La question ne concerne pas uniquement l’Afrique. Elle est mondiale. La question du numérique africain, je la reporterai sur la digitalisation ou la numérisation du monde entier. On s’aperçoit que certaines grandes sociétés ont fait le saut du qualitatif. Des sociétés comme Amazon, Uber, AirBnB posent de vrais problèmes notamment de fiscalisation et de taxation aux Etats-Unis, parce qu’elles ont décidé de baser leur modèle économique sur le tout numérique. C’est leur force.

L’Afrique n’est pas en retard, pas plus que les Européens ou d’autres pays dans le monde sur le numérique. La seule difficulté, c’est qu’ils aient vraiment l’objectif d’y aller en comprenant exactement de quoi cela parle.

Deuxième point, il faut que les chefs d’Etat, les responsables gouvernementaux en charge de ces questions prennent en compte le numérique dans un plan stratégique gouvernemental, de la même façon qu’ils ont aujourd’hui des plans stratégiques pour l’éducation, la santé, les routes, l’eau, l’électrification, etc. S’ils ne considèrent pas ce volet stratégique et s’ils ne se donnent pas des moyens financiers et humains équivalents à ceux des autres problématiques auxquelles ils sont confrontés, le numérique ne se fera pas en Afrique.
TIC Mag : Les deux premiers préalables au développement du numérique ne sont-ils pas de vraies infrastructures et de solides formations ?

S.P. : Effectivement, le numérique n’est pas qu’un système d’information. Le système d’information va aider au développement du numérique. Les panels l’ont bien dit. La première des conditions c’est d’avoir des infrastructures qui suivent le numérique, notamment les réseaux de télécommunications. Et on voit aujourd’hui que les réseaux de télécommunications africains sont disparates, voire parfois inexistants.

Des zones reculées de certains pays n’ont pas du tout Internet, ni même d’électricité. C’est un facteur bloquant pour la progression du numérique en Afrique. Autre facteur bloquant, l’infrastructure “routes” qui ne permet pas aux jeunes qui ont besoin de formation de se déplacer dans les écoles qui pourraient la leur donner, alors qu’il y a de grands besoins dans ce domaine actuellement en Afrique.

TIC Mag : Comment l’entreprise SAP accompagne-t-elle les pays africains dans ce contexte-là ?

S.P. : Comme les intervenants l’ont dit, l’Afrique pris pays par pays, ce sont des petits marchés. Les gros opérateurs comme SAP font des investissements importants pour la formation. SAP forme actuellement 500 consultants qui ne travailleront pas tous chez nous, mais qui bénéficient d’une réelle formation. L'”Africa Code Week” propose aux enfants et aux adolescents des ateliers de formation à la programmation. Et ce, dans 35 pays africains. Ce sont des initiatives privées auxquelles nous participons pour aider les gouvernements africains à la venue du numérique.

Après, il faudrait que les gouvernements intéressés s’approprient les expériences et les réussites numériques des pays avancés. Chez SAP, on a aujourd’hui 58% des pays membres de l’ONU qui sont équipés de nos solutions, soit 15000 clients publics et parapublics. On a l’expérience et on peut l’apporter aux pays africains qui le souhaitent.

Trop peu de gouvernements nous le demandent ni sollicitent pour cela les opérateurs. Ils préfèrent se reposer sur des acteurs locaux qui font des logiciels, des applications informatiques dites numériques, mais qui sont spécifiques à un pays et qui ne permettent pas l’interopérabilité entre systèmes.

Propos recueillis à Paris par Philippe Mingotaud, correspondant de TIC Mag en Europe

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