lundi 25 septembre 2017

La dévaluation (1994), l’APE (2016) : l’école et la COM des blancs !

Tous niveaux confondus, l’école reçoit la plus grande enveloppe du budget du Cameroun, fait augmenter les embouteillages sur les voies urbaines, tend à durer presque aussi longtemps que l’exercice de l’activité à laquelle elle prépare. Les familles dépensent sans compter en frais de scolarité, des sommes parfois irrécouvrables par les salaires courants. Parents et apprenants subissent un stress non quantifiable. L’argument d’aller à l’école du Blanc «pour apprendre l’art de vaincre sans avoir raison» justifie partiellement tant de sacrifices.

Dans une de leurs académies, les militaires américains expliquent à un jésuite camerounais que leur pays domine le monde grâce, non pas au cinéma, mais aux recherches dans ses universités. Avec ou sans visée impérialiste, l’école prépare à relever les défis auxquels on est confrontés. Quel rôle chez nous pour l’école après l’obtention du diplôme, d’un emploi ?

Les questions CEMAC sont indiquées pour aborder le sujet. Avec des hiérarchies différentes, les échanges devraient être techniques et fluides puisque les interlocuteurs ont fait la même école. S’agissant du taux de la dévaluation de 1994 et de l’impact de l’APE de 2016, que dit la COM du Blanc reprise çà et là ? Qu’enseigne l’école du Blanc ?

Le taux de dévaluation de janvier 1994

A l’annonce d’une hausse du prix du pain de 15%, les anciens écoliers comprennent que la baguette de 100 francs va coûter 115 francs. Quand la baguette de 100 francs passe à 115 francs, ils déduisent que son prix a augmenté de 15%. Quinze pourcent c’est la différence entre le nouveau prix de 115 francs et l’ancien de 100 francs, divisée par le prix initial de 100 francs, résultat convertie en pourcentage. En calcul mental, le maître a enseigné que toute grandeur qui double, triple, quadruple, etc, augmente respectivement de 100%, 200%, 300%, etc, et vice versa.

En janvier 1994, le prix du franc français ou du taux de change. Au lieu d’une dévaluation de 100%, la COM a parlé de 50%, à l’encontre du cours d’arithmétique du maître d’école.

L’impact de l’APE

La science ne s’encombre pas de synonymes. La COM elle créé le vocable APE pour désigner un accord commercial préférentiel. A l’école, l’APE est un détournement de commerce selon l’étude de référence de Jacob Viner de 1950 (The Customs Union Issue). Dans ce cas de figure, l’importateur net, la CEMAC comme le Cameroun est perdant. Laissons estimer les milliards de francs de perte par les gens qui ont fait la longue école de construction des modèles économiques avec un millier d’équations.

La COM a appelé aide publique des prêts aux pays africains à des taux d’intérêts supérieurs à ceux consentis aux firmes du pays prêteur, ou des prêts à rétrocéder aux filiales locales de ces firmes. Avec l’APE, il est étonnant que des pays riches acceptent voire exigent ce vrai don, de la part de pays qui se financent par des arriérés de paiements aux agents publics mal payés, ces héros méconnus voire dénigrés sous le prétexte d’excentricités exceptionnelles.

Qui tient l’agenda contrôle la réunion, selon une sentence anglaise

Ceux qui avaient préparé la dévaluation de 1994 disent que le taux dit de 50% était valable pour la seule Côte d’Ivoire, pays qui avait investi dans la production des statistiques nécessaires au calcul du taux de dévaluation. Il fallait que l’opération réussisse au moins dans un pays qui ne pouvait être que celui pour lequel on avait été méthodique. On se souvient qu’un appui financier important lui fut octroyé le lendemain de la dévaluation. Les autres pays ont obtenu des montants quelconques plus tard.

Quant au niveau de 50%, rappelons qu’une mission du FMI est de combattre les dévaluations compétitives des pays qui n’en ont pas la phobie comme nous. Un taux de 100% s’apparente à une dévaluation compétitive. La COM a alors utilisé la définition anglaise du taux de change comme prix de la monnaie nationale en monnaie étrangère, au lieu de la définition usuelle du taux de change comme prix de la monnaie étrangère en monnaie nationale. Ainsi, au lieu du franc français qui avait doublé en francs CFA, la formule a utilisé le cours du franc CFA qui était passé de 0,02 à 0,01 franc français [soit (0,01-0,02)/0,02=-0,5 ou -50%]. Cette astuce est aussi judicieuse que rouler soudainement à gauche dans un pays où on circule à droite. Elle n’a pas empêché les prix des importations et autres dettes en devises d’augmenter de 100% comme conséquence mécanique de la dévaluation.

S’agissant des négociations commerciales, un ministre du commerce africain au début de l’OMC s’entendit dire par un initié : « vous êtes un ministre de second rang à côté du ministre des finances. Mais dans le monde qui vient, le ministre du commerce sera plus important que celui des finances ». Aux Etats-Unis, les négociations commerciales étaient déjà suivies par le Conseil National de Sécurité. Aux négociations à Doha, la délégation de tel pays occidental comprenait 20 docteurs (Ph. D.) en économie et spécialisés en commerce international.

En même temps dans cette compétition, un ministre africain accompagné de son porteur de chemise, n’arrivait pas à imprimer son discours enregistré sur une disquette, parce qu’il n’y avait plus de lecteurs de disquettes. Dieu voit-il cette misère mentale structurelle ? Les blancs qui l’ont créé et l’alimentent ont-ils jamais eu de l’empathie envers le nègre ? Au final, l’Union Européenne (UE) contrôle les points critiques de l’agenda de l’APE.

Sous couvert de leur financement, l’UE a choisi discrétionnairement les consultants chargés des études d’impacts de l’APE sur les pays de la CEMAC, qui n’ont pas été informés quand et pourquoi on retirait l’étude à tel consultant. C’est l’UE qui maitrisait donc le calendrier, c’est elle qui oriente la justification de l’APE.

Même les statisticiens locaux mordent l’appât de la COM disant qu’un avantage économique de l’APE est de faire baisser les prix. Quand bien même ce serait le cas, la CEMAC ne s’était pas liée les mains pour limiter l’inflation en baissant ses droits de douane au lendemain de la dévaluation de 1994. De toute façon, l’APE ne vise pas la baisse des prix.

En réduisant la compétition, l’APE ne peut faire baisser les prix. Par exemple, le pack d’eau minérale de 6 bouteilles de 1,5 litre coûtait 2200 francs il y a 6 ans à Yaoundé quand il y avait deux producteurs. Aujourd’hui il coûte au plus 1500 francs depuis que d’autres producteurs sont entrés sur le marché. D’où vient alors cette illusion de baisse des prix ?

Le commerce international se fait en devises, surtout en dollars américains (USD). Un produit vendu à 100 USD en dehors de l’UE et taxé à 30% arrive sur le marché CEMAC à 130 USD. Non taxé grâce à l’APE, le même produit vendu par l’UE à 125 USD arrive sur le marché à 125 USD. Le produit de l’UE sera donc acheté au détriment de celui venant d’ailleurs. Mais pour permettre l’importation, la BEAC puisera 125 USD au lieu de 100 USD dans le pool des réserves. L’illusion de baisse des prix découle donc du resquillage ou du comportement de passagers clandestins des clients qui font ce choix couteux en réserves de change ; les réserves de change sont un bien public dont on ne se soucie pas individuellement. En tout état de cause, l’APE contribue à la baisse accélérée des réserves de change. Le jour où les réserves sont épuisées, l’ajustement de parité cesse d’être volontaire.

Autre élément de COM entendu un trimestre après l’entrée en vigueur de l’APE et réitéré un an après par un plénipotentiaire de l’UE à la sortie du Palais de l’Unité le 27/07/2017, s’agissant de la perte limitée en recettes au Cameroun : « …le désastre que certains ont prédit ne s’est pas produit… ». Ce constat est conforme au montage de l’APE par l’UE. A l’école, l’UE devait plutôt informer que l’APE est conçu de manière à ce que la perte de recettes soit faible les deux voire trois premières années. La vérité évitait de voir expliquer des nouveaux impôts de la loi de finances 2017 au Cameroun par la nécessité de compenser la perte induite par l’APE ; cette explication sera fondée dans 2-3 ans.

L’APE entrave la recherche de la taxation optimale qui décourage le moins possible l’activité. Elle consiste à taxer en priorité les rentes et les biens de luxe. Ceux-ci venant plus de l’UE que de la Chine entreront sans taxe sur le marché ; les grands distributeurs français qui s’installent permettront de consommer sur place comme à Paris. Les sorties de devises qui vont avec ne facilitent pas la monnaie autonome dont on parle. La COM met plutôt de l’avant la mise à niveau des entreprises, une sorte d’ovni conceptuel et opérationnel !

Que faire ?

Au lieu d’une définition compacte à la française, les américains introduisent l’enseignement de l’économie par des exemples du genre : si quelqu’un vous dit qu’il n’y a qu’à faire ceci, c’est un charlatan et non un économiste. Ce qu’il ne faut pas faire est plus évident.

En fin 2016 à Yaoundé, les Chefs d’Etat de la CEMAC ont bien fait de rejeter l’ajustement de parité, une fuite en avant pour l’instant. Mais se priver indéfiniment d’un instrument de politique est un frein. Il est impératif que les politiques permettent aux économies de gagner en compétitivité par l’ajustement de parité comme chez les blancs.

Pour illustrer, 50% de la dépense de personnel d’une firme au Gabon était imputable à un expatrié. Au Cameroun, les intrants importés représentent plus de 50% du chiffre d’affaires. Du fait du poids de ces dépenses en devises, la dévaluation ne fait qu’accroître les inégalités de revenus, alors que l’argent aux mains des pauvres est sous-évalué, au contraire de l’argent aux mains des classes privilégiées.

Autre exemple, on dit en réunion à un nouveau venu du FMI que son discours s’applique à une économie de marché et pas au Cameroun. Plus tard il me demande l’explication en aparté. Un autre expert s’interpose et lui dit : c’est simple, le transport de ma voiture m’a coûté plus cher à Douala que de Tunis à Douala ». Il faudrait un livre pour traiter des distorsions qui entravent la compétitivité et rendent la dévaluation inopérante aujourd’hui.

La croissance, c’est l’accumulation du capital physique et humain, des savoirs. C’est ce qui permet de mieux faire aujourd’hui ce qui été réalisé par le passé ; le contraire est une preuve qu’au mieux on piétine sur les chemins des émergences.

Selon Viner cité plus haut, c’est la création de commerce qui est mutuellement avantageuse pour les partenaires. Tout doit être mis en œuvre pour créer ses conditions dans la CEMAC. En 1988 à Bangui, les fonctionnaires accusent un retard de salaires qui représentent déjà la moitié de ceux du Cameroun. Une boutique dit supermarché annonce l’arrivage des œufs frais par avion à 260 francs l’unité contre 25 francs à Yaoundé. En route, on ne voit pas des fesses qui se congratulent voire se bousculent. La question que beaucoup auraient trouvé farfelue à l’époque, c’était pourquoi au Cameroun on se réjouissait de l’assistance reçue des riches sans faire de même pour ce pays qui ne pouvait pas s’en sortir autrement. La politique de désenclavement prioritaire des chefs lieu de régions au Cameroun devait inclure Bangui. C’était mieux que l’envoi contraint de soldats aujourd’hui.

Quant à l’APE, au lieu d’écouter la COM et les flatteries infantilisantes, il faut voir quelles précautions les pays riches prennent, quelles équipes ils mettent en place pour négocier. Dans 10-20 ans, ce sera trop tard, trop compliqué pour jaser comme sur le franc CFA aujourd’hui.


Par Lazare BELA, Ph. D., Ingénieur statisticien économiste, ancien Directeur des Etudes et de la Recherche à l’ISSEA

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