lundi 16 février 2015

Jorn Lyseggen : « Nous souhaitons étendre le succès de MEST à l'ensemble de l'Afrique »



« Dans l'univers de l'entrepreneuriat, les barrières à l'entrée sont en train de tomber grâce au numérique, partout dans le monde », explique d'une voix posée le président de la multinationale Meltwater, Jorn Lyseggen, l'homme qui érigea à Accra la Meltwater Entrepreneurial School of Technology (MEST), cet incubateur technologique ghanéen à succès, déjà évoqué sur Le Monde Afrique.


« Aujourd'hui, la Silicon Valley n'a plus le monopole des talents. Tout le monde peut devenir entrepreneur et réussir, grâce à Internet. Avec MEST, nous formons et entraînons des centaines d'étudiants ghanéens à devenir des petits génies du code informatique et l'Afrique illustre parfaitement cette nouvelle ère », poursuit Jorn Lyseggen, tout en soulignant que ce qui fera la différence, c'est l'état d'esprit et des efforts constants.


Dans l'entretien qui suit, Jorn Lyseggen nous livre ici les ingrédients du succès de son incubateur MEST, qui aura vu émerger depuis 2008, plusieurs dizaines de start-up africaines qui rayonnent toutes aujourd'hui, jusqu'aux États-Unis. Pourquoi avez-vous décidé de créer l'incubateur MEST à Accra, au Ghana ? Généralement lorsque l'on parle de l'Afrique, c'est pour s'appesantir sur ses difficultés, sans suffisamment insister sur son potentiel. Nous avons choisi de démarrer cet incubateur au Ghana en 2008, d'abord parce que nous voulions que notre impact en Afrique soit immédiat, par la formation.


À Accra, nous avons décidé de lancer un programme sur deux années pour créer des entrepreneurs numériques de talent. Nous les entraînons au fil des trimestres à maîtriser les différents langages de programmation informatique, à établir des business plans, à créer des services monétisables sur Internet, à générer des revenus, à pitcher… Et ensuite à la fin des deux années, se tient un examen, avec les pitchs finaux devant le jury. Les étudiants doivent impérativement démontrer et mettre en pratique ce qu'ils ont appris en convainquant chaque membre du jury, principalement des « business angels » et des entrepreneurs de la Silicon Valley. S'ils réussissent à démontrer que leur business est viable et donc à convaincre le jury, ils reçoivent un investissement qui peut aller jusqu'à 200 000 dollars US. Nos étudiants sont formés par des entrepreneurs et des experts dans leurs domaines, qui savent comment créer des logiciels, comment commercialiser des produits, etc.


Est-ce difficile de former des entrepreneurs numériques en Afrique ?


Je crois qu'il est difficile de créer des entrepreneurs technologiques n'importe où dans le monde ! Devenir un entrepreneur à succès réclame énormément d'énergie, les obstacles sont légion, tous les pays sont concernés, même les États-Unis. Si vous écoutez les start-up situées sur la côte est, elles vous diront toutes à quel point les choses seraient plus faciles pour elles si elles étaient installées dans la Silicon Valley.


C'est pourquoi je pense qu'il est indispensable de faire émerger et de promouvoir ce que j'appelle en anglais des « role models », c'est-à-dire des exemples, des références parmi la communauté des start-up africaines. L'une des missions de MEST est justement de créer et de mettre en lumière des entrepreneurs à succès pour inspirer et aider à construire les écosystèmes. En participant à la création de « success stories » entrepreneuriales dans le numérique, nous contribuons à valoriser et mettre en avant des exemples pour inspirer les jeunes générations.


Vous insistez beaucoup sur l'importance de faire émerger des « success stories » entrepreneuriales pour inspirer la jeunesse africaine…


C'est primordial. Si, demain, l'une de nos start-up à MEST réalisait une levée de fonds record et faisait la une de la presse internationale, je peux vous dire que des milliers de jeunes Africains se tourneraient vers l'entrepreneuriat technologique pour l'imiter. Le signal serait énorme. Je vous donne un exemple, si parmi nos start-up, une seule parvenait à lever entre 10 et 30 millions de dollars auprès d'investisseurs, cela changerait la donne. Dans la Silicon Valley, lever 30 millions de dollars n'est pas impressionnant. En Afrique, ça l'est et si une telle levée de fonds se concrétisait, l'impact serait incroyable. Des « success stories » inspirantes, voilà ce dont les jeunes africains ont besoin.


MEST est présent en Afrique de l'Ouest. Prévoyez-vous de vous étendre au reste du continent africain ?


Absolument, le calendrier reste à définir… mais oui nous étudions très sérieusement la possibilité de répliquer notre modèle en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud. Nous pensons qu'il est temps de diffuser ce savoir-faire acquis sur le terrain depuis sept ans au Ghana, et de voir comment d'autres régions du continent africain pourraient en bénéficier, pour former la prochaine génération de startupeurs africains. Nous n'avons pas encore décidé de la date exacte de notre expansion mais c'est notre intention et c'est la première fois que j'annonce ce projet publiquement… Rendez-vous dans quelques mois, Samir !


Le Ghana est entouré de pays francophones. Songez-vous aussi à l'Afrique francophone pour internationaliser le concept de MEST ?


Si l'opportunité se présente, nous serions ravis de partager notre expertise avec les écosystèmes numériques d'Afrique francophone. Pour la petite histoire, la raison pour laquelle je n'ai pas choisi l'Afrique francophone pour lancer MEST en 2008, c'est malheureusement parce que je ne parle pas français.


Propos recueillis par Samir Abdelkrim


(Source : Le Monde Afrique, 16 février 2015)







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