mardi 10 février 2015

Différend entre la direction générale et le collège des délégués : L'Artp bloquée !



Le pire s'est produit à l'Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp). Le malaise entre la Direction générale et le Collège des délégués a fini par bloquer le fonctionnement de la structure. Le projet de budget ayant été rejeté.


En interne, c'était déjà connu, même si l'on cherchait toujours à sauver les apparences. A faire comme si de rien n'était. Mais la situation est pourrie au point que l'odeur pestilentielle de conflit a dépassé le cadre restreint de la boîte. Les relations exécrables entre la Direction générale et le Collège des délégués de l'Autorité de régulations des télécommunications et des postes (Artp) ne cessent de se détériorer. Au début, le problème était présenté sous la forme d'une guerre silencieuse, mais féroce, que se livraient Abdou Karim Sall et Abou Abel Thiam. Mais maintenant, le différend transcende leur propre personne pour s'inviter dans la gestion des affaires de la structure publique. D'ailleurs, le personnel, les fournisseurs et le fonctionnement de l'Artp, en général, risquent d'en souffrir terriblement. Car le Collège des délégués, présidé par Abou Abel Thiam, a rejeté le projet de budget préparé par le Directeur général, Abdou Karim Sall. C'était lundi dernier.


CHARGE : A l'origine de ce rejet du projet de budget, synonyme de blocage de la structure, une volonté prêtée à Abou Abel Thiam de faire payer à Abdou Karim Sall sa propension à toujours poser des actes sans s'en référer à l'autorité qu'incarne le Collège des délégués. D'ailleurs, au sein de l'Artp, l'on souffle, dans ce combat, que la majorité des délégués ont été embarqués. Ce qui a entraîné une cassure profonde entre la Direction générale et le Collège. A la Direction générale, l'on pointe un doigt accusateur sur Abou Abel Thiam et ses collègues. A ceux-ci, il est accusé de pouvoir s'immiscer dans les prérogatives de Abdou Karim Sall. Qui, d'ailleurs, reste convaincu, d'après ses proches, que le président Thiam veut se substituer à lui et s'accaparer de ses pouvoirs. Le président du Collège des délégués voudrait, d'après les enquêtes menées en interne, avoir un œil sur les recrutements, les nominations, les dépenses et autres actes de gestion dévolus au Directeur général. Ce que ce dernier a refusé catégoriquement.


DECHARGE : Mais il ressort des investigations faites par L'Observateur que le rejet du projet de budget de la Direction générale par le Collège des délégués est loin d'être la conséquence de problèmes personnels entre M. Sall et M. Thiam. L'on rappelle que le Collège est l'organe de délibération qui a plus de prérogatives qu'un Conseil de surveillance. Dès lors, la Direction générale doit accomplir ses actes de décision sur la base des directives du Collège. Des raisons qui fondent la décision du Collège de ne pas approuver le budget, il y a l'absence de comptes certifiés pour la gestion de l'exercice précédent. D'ailleurs, l'on explique que les comptes des exercices de 2011, 2012, 2013 et 2014 ne sont pas certifiés par les commissaires aux comptes.


Aussi le Collège des délégués de l'Artp a-t-il saisi la Direction générale d'une correspondance pour demander des documents sur la gestion de la structure. Une lettre restée sans suite. Ces contrôles budgétaires exercés par le Collège sont une recommandation de la Cour des comptes qui, dans une lettre-relance datée d'août, avait enjoint le Collège d'assumer ses prérogatives en matière de contrôle budgétaire.


Sur la question des recrutements et des nominations, l'on convoque l'article 168 du Code des télécommunications qui stipule qu'ils doivent être approuvés par le Collège. Ces différences d'approche et d'interprétation ont élargi le fossé entre les deux organes de gestion de l'Artp. D'ailleurs, le conflit est d'une telle profondeur que les sept personnalités qui forment le Collège ont adressé une lettre commune, le 19 janvier 2015, au chef de l'Etat pour se plaindre des agissements de Abdou Karim Sall. Une correspondance dans laquelle ils ont listé tous les griefs qu'ils lui font.


La colère de Macky Sall en Conseil des ministres


Mais avant même que le chef de l'Etat ne réagisse à la correspondance des délégués, le blocage du budget est venu corser le dossier de l'Artp. Le sujet s'est même invité à la dernière réunion du Conseil des ministres, le mercredi 4 février 2015. Au détour d'une discussion sur les télécommunications, le Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, présente le problème qui prévaut à l'Artp et informe le Président sur le blocage du budget. Le chef de l'Etat pique une colère noire et ne cache pas son étonnement devant cette situation que rien ne justifie. Sans même attendre des informations complémentaires, Macky Sall instruit le Premier ministre de convoquer, dans l'après-midi, le ministre des Postes et des Télécommunications, Yaya Abdou Kane, et le Directeur général de l'Artp, Abdou Karim Sall, pour une séance d'explications à quatre. Finalement, la rencontre n'a pu se tenir en raison du calendrier très chargé du Président Sall dans l'après-midi. Le chef de l'Etat a quitté Dakar ce même mercredi dans la soirée pour Paris où il devait prendre part, vendredi dernier, au Forum franco-africain pour une croissance partagée. Et comme son retour à Dakar est prévu ce week-end, sûr que le cas de l'Artp sera parmi les premiers dossiers qu'il va évacuer en ce début de semaine.


Ndiaga Ndiaye


(Source : L'Observateur, 10 février 2015)







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