lundi 20 octobre 2014

''Avec le numérique, le grand défi sera la bataille des contenus audiovisuels'' Sidy Diagne, Directeur général du Groupe Excaf Télécom



Suite à un appel d'offres de l'Etat du Sénégal, le Groupe Excaf Télécom a été retenu pour mettre en place l'infrastructure permettant le passage audiovisuel de l'analogique au numérique d'ici juin 2015. Dans cette interview exclusive accordée au quotidien nationale « Le Soleil », son directeur général, Sidy Diagne, revient sur les enjeux de cette transition, mais également sur les arguments qui ont pesé sur le choix du Groupe Excaf.


Présentez-nous brièvement le Groupe Excaf Télécom.


C'est en 1992 que le Groupe Excaf Telecom a pris rendez-vous avec l'histoire de l'audiovisuel au Sénégal en investissant dans ce secteur où les privés sénégalais n'osaient s'aventurer. Ainsi, Excaf Télécom est, aujourd'hui, le premier acteur de l'audiovisuel sénégalais, de par son ancienneté (il est le premier détenteur d'un décret présidentiel d'exploitation de services audiovisuels en 1992), son histoire et son expérience.


Durant toutes ces années, le groupe s'est évertué, grâce à ses 180 employés directs et 500 autres employés indirects, à travers tout le pays, mais aussi son expertise incontournable dans le domaine audiovisuel, à creuser sa culture de la performance et de l'innovation pour devenir, aujourd'hui, un holding de plusieurs chaînes et détenteur d'un bouquet Mmds.


C'est ainsi que la notoriété du groupe s'est construite sur l'exploitation de ce bouquet de plus de 100 chaînes de télévision qu'une politique de tarif social a fini d'installer et d'en faire bénéficier à plus de 70.000 foyers dans toutes les régions du Sénégal.


Le Groupe Excaf Télécom a été choisi pour conduire le passage audiovisuel de l'analogique au numérique. Concrètement, qu'est-ce qui va changer aussi bien pour le consommateur que pour l'opérateur de télévision ?


Le plus grand changement pour les opérateurs de télévision est tout d'abord la réduction voire la suppression de certains coûts liés à leur activité qui empêche d'ailleurs à certains opérateurs d'avoir une couverture nationale. Par exemple, une chaîne de télévision comme la Rdv, qui est présente à Dakar, si elle assure un maillage national, est obligée d'avoir une couverture satellite qui coûte très chère en plus de l'acquisition d'un émetteur dans chaque région et les charges du personnel, d'électricité, de sécurité, etc.


Avec l'arrivée de la Télévision numérique terrestre (Tnt), l'Etat du Sénégal a un partenaire technique, en l'occurrence le Groupe Excaf Télécom qui se chargera de l'ensemble des coûts pour toutes les télés nationales. Aujourd'hui, il y a très peu de chaînes qui couvrent l'ensemble du territoire. Avec l'arrivée de la Tnt, ce problème sera résolu.


Toutes les chaînes de télévision seront disponibles partout sur le territoire ; il n'y aura plus d'inégalités quant à la réception des images d'une région à une autre. En plus de la couverture totale, toutes les chaînes de télévision auront une bonne qualite d'image et de son. Sur l'international, le signal sera disponible sur d'autres plateformes.


Par rapport à tout cela, c'est le consommateur qui aura le plus à gagner. Il y a un ensemble de services que les chaînes de télé vont lui offrir. La concurrence se fera beaucoup plus sur la qualité des contenus, leurs diversités, etc. que sur la couverture nationale par exemple.


Le téléspectateur aura la pleine maîtrise de ce qu'il veut regarder, il vivra une autre expérience interactive de la télévision où il aura le pouvoir d'agir sur le programme. En plus de cela, le passage au numérique permettra d'offrir d'autres services, notamment pour les producteurs qui auront à offrir plus de contenus pour les télés au travers de la plateforme Vidéo à la demande (Vod).


Avec la Tnt, il sera possible d'offrir aux télés l'archivage des contenus audiovisuels. Toutes les chaînes auront leur propre système d'archivage. On va conserver leurs productions du 1er janvier au 31 décembre.


Seulement, par rapport à ce passage, des inquiétudes n'ont pas manqué chez ces opérateurs...


Nous avons beaucoup avancé, le déploiement se poursuit suivant un planning concerté. L'investissement le plus important est effectué par l'Etat à travers le Groupe Excaf Télécom. Des chaînes qui n'avaient que Dakar comme point de diffusion seront reçues sur l'ensemble du territoire. S'y ajoute la possibilité d'être regardées dans d'autres pays, l'archivage de leurs contenus sur un an.


Maintenant, l'argent que les opérateurs mettaient pour la couverture du territoire devra être investi dans les contenus. Le groupe a également deux chaînes de télé et nous sommes bien placés pour savoir que durant ce passage, nous aurons beaucoup à gagner en tant qu'opérateur de télévision.


Que ce soit pour la qualité des images et du son, que pour la couverture nationale, cette avancée technologique est de loin très bénéfique pour l'ensemble des opérateurs de télévision.


Quand bien même il y a un effort à faire dans les productions audiovisuelles...


Normalement, c'est notre quotidien, la Tnt va juste déplacer le véritable débat qui sera celle des contenus et donc des productions audiovisuelles. La quête de productions de qualité devra être permanente. Parce que, désormais, le seul argument valable auprès des annonceurs sera relatif au contenu à travers sa diversité et sa richesse. Toutes les chaînes de télévision auront une couverture nationale, le principal challenge, sera celui du contenu audiovisuel.


Qu'en est-il du téléspectateur qui voudra recevoir le signal de la Tnt ?


La Tnt va permettre à tous les Sénégalais d'accéder à un monde nouveau où la synergie entre l'audiovisuel et l'internet va offrir une autre expérience de la télévision. Le téléspectateur devra acquérir un décodeur numérique qui sera bientôt en vente sur le marché. Ce décodeur subventionné par l'Etat du Sénégal permettra la réception en numérique de toutes les chaînes de télévision.


Il n'y aura pas un grand changement à opérer pour les Sénégalais. Les antennes râteau continueront de fonctionner pour capter le signal, une orientation sera peut- être nécessaire dans certains cas. La Tnt, ce n'est pas uniquement pour les téléviseurs munis d'écrans plats ou de dernière génération comme peuvent le penser certains.


En termes de coût, à combien se chiffre le passage de l'analogique au numérique ?


L'infrastructure coûtera un peu plus de 39 milliards de FCfa. Le financement est déjà bouclé pour pouvoir mener à terme l'installation.


Sur ce point, où en êtes-vous ?


Nous sommes en train de préparer le site principal qui se trouve à Dakar. Cela nous offre un point de démarrage qui va nous permettre de relier des localités comme Thiès, Keur Dame, Macké, etc., pour arriver à couvrir les 29 sites d'ici juin 2015. Déjà, il est important de faire l'installation du Centre de monitoring à Dakar pour s'assurer que le signal est bien reçu à travers tout le pays.


Comment le Groupe Excaf Télécom entend-t-il réussir ce pari ?


Nous disposons d'une grande expertise dans le domaine de l'audiovisuel. Nous avons une expérience de plus de 42 années. Le chemin a été long, mais notre expérience nous a appris qu'en matière de technologie, pour prendre de l'avance, il faut pouvoir anticiper, c'est ce que nous avons toujours fait.


Ce projet n'est ni un aboutissement ni une fin en soi, car nous continuons à réfléchir, à encore plus améliorer l'espace audiovisuel au Sénégal. Nous avons toutes les compétences techniques et technologiques au même titre que toutes les sociétés qui ont soumissionné.


Mieux, pendant près de 18 mois, nous avons mis Dakar en phase test Tnt et nous avons ainsi prouvé aux pouvoirs publics que nous sommes capables de mener cette transition.


Nous avons aussi su nous entourer des meilleurs partenaires audiovisuels, logistiques, technologiques à travers le monde. A nos côtés, nous avons aussi les meilleurs experts, chacun dans leur domaine d'activité.


A votre avis, quels sont les arguments aussi bien technique que financier qui ont présidé au choix porté sur le Groupe Excaf ?


Sur le plan technique, cela fait 18 mois que l'on travaille sur la Tnt et que Dakar est en phase test. Avant cela, nous avons un bouquet de chaînes qui existe depuis plus de 10 ans et nous évoluons pratiquement en numérique. Néanmoins, nous savions que la concurrence autour de cet appel d'offres allait être très rude.


Nous avons donc anticiper tout en prenant le risque de faire des investissements en achetant des équipements Tnt pour montrer aux gens que c'est cela la télé numérique et que c'est ce vers quoi nous allons. Avec le nombre d'années d'expériences que nous avons capitalisées, nous nous sommes entourés de partenaires solides qui ont des références internationales avec des savoir- faire prouvés un peu partout dans le monde.


Nous ne sommes pas venus seuls, parce que nous ne pouvons pas maîtriser tous les domaines d'activités. Pour le satellite, nous nous sommes entourés de structures performantes. Idem pour la fibre optique.


Nous avons également proposé à l'Etat du Sénégal un business-plan où il se retrouve. Cela consiste à se substituer à sa place par rapport à ses engagements en préfinançant l'opération.


Moyennant quoi par exemple ?


En contrepartie, nous mettrons à la disposition des Sénégalais un bouquet payant, mais très accessible pour toutes les couches sociales.


Avant d'y arriver, y a-t-il un plan de communication pour sensibiliser les opérateurs télé et les téléspectateurs ?


Un plan de communication a été réfléchi pour sensibiliser l'ensemble de la population à la Tnt. Nous voulons leur montrer qu'il n'y a rien de plus simple que cette avancée technologique. La Tnt n'induit pas un grand bouleversement, les téléspectateurs continueront à regarder la télévision le plus simplement, mais le plus confortablement possible.


Il y aura également un centre d'appels qui permettra aux usagers de s'in- former, et de poser toutes les questions relatives à la Tnt, de l'achat du décodeur à son installation. Ce plan de communication sera déroulé à côté de celui du Comité national de pilotage de la transition de l'audio- visuel analogique au numérique (Contan).


Pour en revenir à Excaf Télécom, le groupe célèbre, cette année, son 42ème anniversaire. Que retenir après tant d'années dans l'espace audiovisuel sénégalais ?


C'est un long chemin qui a commencé avec l'organisation de foires, salons et d'expositions d'où le nom d'Excaf (Expo carrefour Afrique). Après, nous avons eu un Pdg (Feu Ben Bass Diagne ndlr) qui incarnait beaucoup de valeurs et était un assidu du travail.


Il a cru qu'avec beaucoup de persévérance, on pouvait bâtir une société avec des bases solides. C'était un visionnaire qui incarnait l'abnégation, le sens de l'autre.


Comment se dessine l'horizon du Groupe ?


Aujourd'hui, Excaf Télécom entre dans une nouvelle ère de conquête, de challenges, pour développer des contenus pertinents destinés à toutes les tranches sociales du pays. Ce challenge qui est bien plus qu'une opération cosmétique devra prouver que le Sénégal avance avec l'expertise locale vers la technologie numérique.


El Hadji Massiga Faye


(Source : Le Soleil, 20 octobre 2014)







via OSIRIS : Observatoire sur les Systèmes d'Information, les Réseaux et les Inforoutes au Sénégal http://ift.tt/1vXXMTF

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