samedi 4 octobre 2014

Innovation inversée : Karim Sy, catalyseur de créativité collective



Basé à Dakar, Karim Sy, entrepreneur cosmopolite, a créé le premier espace de travail collaboratif africain. Depuis, il essaime son concept en Europe de l'Est et jusqu'aux Etat-Unis. C'est une boule d'énergie qui s'est mise au service du partage. Karim Sy, 43 ans, a fondé, en 2010 Jokkolabs, le premier espace de travail collaboratif d'Afrique de l'Ouest qui depuis Dakar a déjà essaimé au Mali, au Burkina-Faso, en Côte d'Ivoire et… à Nanterre. Karim Sy a décidé de porter le principe africain de l'«  ubuntu  » – on est ce qu'on est par les autres et à travers les autres – au cœur de la nouvelle économie. Celle des technologies de la communication dont il pense qu'elles vont transformer le continent et porter sa jeunesse. Le magazine Jeune Afrique l'a ainsi désigné comme l'un des «  25 leaders de demain de l'Afrique francophone  » qui incarnent «  le futur du continent  ».La dimension «  globale  » est dans ses gènes  : né dans une famille originaire du Sénégal, père Malien et musulman, mère Libanaise et chrétienne, travaillant tous deux dans de grandes organisations internationales, il a grandi en France, au Mali, en Côte d'Ivoire et en Ethiopie  ; a étudié à Québec et à l'Ecole polytechnique de Montréal en génie informatique. Ce «  serial entrepreneur  » militant a «  déjà eu 15 000 vies  ». Leader d'un projet de pompe à eau au Mali à 19 ans, il est passé à une entreprise de forage hydraulique, puis à une petite compagnie d'aviation d'affaires et à l'exploitation d'une mine d'or alluvionnaire. L'informatique le rattrape avec l'avè-nement d'Internet et le tout début des bases de données relationnelles lorsqu'il rachète la marque Oracle au Sénégal. En 1997, il fonde à Dakar une société d'ingénierie informatique, OpenSys. Donner sa chance au hasard Sa conviction est très tôt ancrée  : l'avenir est à l'open source, ces logiciels libres qui permettent aux systèmes de communiquer entre eux et servent l'intérêt collectif. C'est cette nouvelle manière de travailler que cet entrepreneur défend sans répit partout dans le monde. C'est aussi l'esprit de Jokkolabs. «  Il faut mobiliser l'intelligence collective pour construire un futur meilleur et une prospérité partagée  », dit Karim Sy. Quelques principes simples président à sa démarche  : offrir un espace physique de bureaux où entrepreneurs actuels ou futurs partagent idées, expériences et projets, sans crainte de la concurrence – à la différence d'un incubateur –  ; réunir en ligne une communauté virtuelle partageant les mêmes valeurs et préoccupations (plus de 3 000 connexions par jour)  ; inciter à l'innovation technologique et sociale «  ouverte  » en faisant se croiser tous les secteurs et stimuler l'entrepreneuriat dans une région qui en manque  ; fonctionner comme un «  action tank  », au-delà de la seule réflexion. « Notre rôle est de donner des chances au hasard, d'où proviennent les trois quarts des innovations. On accompagne les réactions en chaîne de la créativité  », explique celui qui se voit comme un catalyseur en chef. Des discussions sont en cours avec une vingtaine de pays pour étendre Jokkolabs jusqu'en Europe de l'Est, et des contacts ont été pris aux Etats-Unis et au Canada. Comme le dit le proverbe africain  : «  Si tu veux marcher vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marche à deux  ».



Daniel Bastien


(Source : Les Echos, 3 octobre 2014)







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